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Discuter en latin et en grec dans la capitale

 

Des passionnés pratiquent ces langues anciennes dans des cercles ouverts au public.

Ils sont une quinzaine à se retrouver tous les mois pour une activité plutôt originale : parler latin. Cela fait onze ans que Daniel Blanchard a créé le Cercle latin de Paris. « Il s’agit certes d’une langue ancienne mais certainement pas d’une langue morte ! », insiste-t-il. À la chute de Constantinople, le latin, langue du peuple, devient langue des élites. Les moines et les nobles le pratiquent couramment. Aujourd’hui, il est inculqué à l’école, mais presque seulement par le biais de l’écriture. Pour Daniel Blanchard, cela n’est pas suffisant. « Le fait de parler latin nous fait nous sentir beaucoup plus proches de la langue. C’est là que l’on en perçoit les subtilités », explique-t-il. Pour lui, cela permet d’avoir accès à toute la littérature ancienne sans passer par les traductions. « Le plus intéressant reste de rencontrer des gens passionnants, qui ont une acuité pour l’histoire et la littérature », ajoute-t-il. Les séances sont ouvertes à tout le monde. « Bizarrement, nous n’avons pas tant de professeurs de latin que cela. Par contre, il y a des ingénieurs, un cheminot, des avocats, etc. », indique Daniel Blanchard, lui-même chanteur lyrique.

«Pas plus absurde que de jouer au foot !»

Il existe différents cercles dans le monde. « Il y a un côté confrérie. Quand nous partons à l’étranger, nous savons que nous avons des amis sur place avec lesquels nous allons pouvoir échanger », raconte Daniel Blanchard. Théâtre, conférences, lectures ou vidéos, les diverses activités que propose le Cercle de Paris permet aux latinistes d’appréhender la langue sous un nouveau jour. Et si durant les séances, les amateurs parlent culture latine, ils échangent aussi des soucis du quotidien. Pour eux, le latin peut tout à fait s’adapter à la modernité. Charles Delattre a lui aussi été un adhérent du Cercle latin de Paris. Professeur de grec ancien à l’université de Nanterre, cette expérience l’a inspiré pour créer, en 2006, Kuklos Hellenikos. Au sein de cet atelier, la pratique orale de la langue est aussi de mise. Toutefois, l’approche n’est pas la même. « Le but est de maîtriser la langue par une approche pédagogique», déclare-t-il. Et pas question ici de modernité. « Nous pratiquons le grec comme pouvaient le pratiquer les Anciens. Le Cercle latin lui utilise le néolatin, qui est la langue du Vatican. Le néogrec, en revanche n’existe pas », poursuit le professeur.

Si le but n’est pas toujours le même, le même amour des langues anciennes anime les membres de ces deux cercles. Pour eux rien de bizarre dans cette pratique : « Ce n’est pas plus absurde que de jouer au foot ou aux échecs », conclut en plaisantant Daniel Blanchard.

B.P.

Prochaine réunion du Cercle latin de Paris : dimanche 21 avril à 17 h au Collège des Irlandais, 5, rue des Irlandais (Ve). Kuklos Hellenikos : réunion tous les jeudis de 13 h à 14 h, à l’École normale supérieure, 48 bd Jourdan (XIVe). Les séances sont ouvertes à tous.

SOURCE : LE FIGARO,  vendredi 19 avril 2013, p. 11